En quoi la coopération est plus efficace que l’obéissance?

Réfléchissons au sens du mot obéissance : c’est un rapport de force, une domination exercée par le plus fort, l’adulte, sur le plus faible, l’enfant. Ainsi sous couvert de prétendre savoir ce qui est bon pour nos enfants, nous les contraignons dans un rapport de force qui aboutit encore souvent à des violences éducatives ordinaires, psychologiques et/ou physiques (menaces, chantages, punitions voire tapes ou plus…).

Une part de nous, veut le meilleur pour notre enfant : « Je veux l’éduquer dans le dialogue et la bienveillance, pour qu’il ait confiance en lui plus tard » Et une autre part de nous vit une réalité émotionnelle, pris par la fatigue du quotidien, la colère, les explosions, qui font suite à la culpabilité nous donnant un rôle bien différent de celui que l’on s’était imaginé au départ.

Alors comment faire pour aider notre enfant à coopérer, sans passer par ces extrêmes émotionnels?

En quoi la coopération est plus efficace que l’obéissance?

Quand nous voulons que notre enfant nous obéisse, notre intention est ferme et non négociable. Par conséquent, notre posture est tendue et notre ton de voix est fort, voire intimidant. Inconsciemment, nous envoyons un message assez agressif à notre enfant qui peut se traduire de la sorte: il n’y a pas à discuter, tu fais ce que je te dis, non par parce que c’est pour ton bien mais parce que c’est moi qui l’ai décidé. L’enfant ne peut réagir alors que dans la tension par effet miroir (vous savez les neurones miroirs ceux de l’apprentissage par imitation…)

En fait, votre enfant sent instinctivement quand vous êtes débordée. Il peut se dire intérieurement: Pourquoi devrais-je me calmer face à mon parent qui est énervé? Comment l’enfant pourrait se calquer sur vous pour apaiser ses propres émotions si vous faites le contraire de ce que vous lui demandez? Les enfants sont nos meilleurs professeurs pour nous apprendre la cohérence.

Alors, quand nous voulons que notre enfant coopère, notre intention est bienveillante tout en étant ferme. Par conséquent, notre posture est détendue et notre ton de voix est plus doux voire posé.

Les personnes que l’on écoute sont des personnes qui ne crient pas.

Ces personnes ont une voix claire et ferme. Naturellement, nous ressentons que cette personne est sûre d’elle et cela nous donne envie de la suivre. L’enfant n’a donc plus la sensation d’obéir à un ordre sous peine de punition mais de garder le choix en suivant ses envies.

Pour autant, pour amener notre enfant à coopérer il est important d’avoir quelques clefs de communication.

Voici trois astuces qui pourront vous aider.

Préférez le mot « stop » au « non » culpabilisant

Il est toujours plus difficile de dire non ou d’entendre non, que l’on soit enfant ou adulte. Le non est directement associé au rejet pour celui qui l’entend et culpabilisant pour celui qui le dit. Dire le mot stop n’a aucune connotation affective. Il permet de dire non au comportement mais pas à l’enfant directement qui pourrait se sentir mal. Si cela n’était pas suffisant, n’hésitez pas à lui tenir les mains doucement et vous mettre à sa hauteur pour avoir plus d’impact.

Soyez dans l’action pour que votre enfant vous écoute.

Pris dans ses occupations, l’enfant a du mal à s’arrêter quand vous lui demander quelque chose. Il n’est pas capable de vous écouter car il est fasciné par un univers imaginaire dont il est le héros, jouer est son maître mot. Par conséquent, pour que vos demandes soient entendues, levez-vous dès la première fois pour entrer physiquement dans son espace, dans son monde, puis prévenez-le tranquillement du temps qu’il lui reste. Si vous lui dites de loin, cela ne peut pas marcher car ce n’est pas sa priorité du moment d’une part et que tout comme nous, quand nous sommes hypnotisés par une tâche qui nous plaît ou même un film, nous sommes incapables d’écouter l’autre. Quand vous allez vers votre enfant, il est nécessaire de faire des mouvements d’aller-retour entre deux et trois fois assez rapprochées pour l’aider à émerger de son jeu et créer une sorte de transition entre son monde imaginaire et le monde réel fait souvent de contraintes. La clef est de rester physiquement avec lui sans trop lui parler pour que votre enfant sente que votre intention est ferme mais sans prise émotionnelle.

Prenons une situation où votre enfant joue aux petites voitures.

  • Etape 1: Je viens vers mon enfant, je pose ma main sur son dos et lui dis posément: « Je vois que tu t’amuses beaucoup, mais je te préviens que, dans cinq minutes, il faudra trouver une fin à ton histoire pour te brosser les dents. » Pour certains enfants il peut être intéressant de mettre un timer pour notifier le temps qui passe.
  • Etape 2: Je l’observe car peut-être va-t-il coopérer immédiatement, dans ce cas je le complimente : « tu as commencé à ranger, c’est agréable un enfant aussi rapide et coopératif ». Sans quoi, je pose ma main sur son dos ou ailleurs pour lui signifier ma présence avec bienveillance et je lui dis: « Tu te rappelles qu’il faut que tu choisisses une fin à ton histoire il ne te reste que deux minutes, ce n’est pas beaucoup. Dans trois minutes, je reviendrai te chercher et on ira ensemble dans la salle de bain pour te brosser les dents. »
  • Etape 3: Je reste à côté de mon enfant sans bouger pour l’aider à sortir de son histoire. « C’est le moment maintenant, tu me dis comment elle finit ton histoire ? » S’intéresser au monde de l’enfant permet de mieux s’intéresser au nôtre. Garder en tête que votre enfant doit « se relier » à vous pour mieux « se séparer » de ce qu’il est en train de faire sinon il reste relié à ce qu’il est en train de faire. Seul l’affectif peut lui donner envie de sortir du jeu et non votre impatience ou votre colère, ce qui assez cohérent.

La technique du faux choix

Les enfants ont besoin de choisir par eux-mêmes, pour avoir l’impression d’être grands et tout puissants. Pour les nourrir dans ce besoin, vous pouvez utiliser la technique du choix guidé: lui proposer de choisir entre deux solutions. A la fois, cela lui permet de croire que c’est lui qui décide et à la fois votre ton de voix est interrogatif, votre posture est plus neutre. Vous pouvez sentir dans votre propre corps qu’il n’y a pas de tension.

Par exemple, quand vous sentez que votre enfant est sur le point de se mettre en colère vous pouvez lui dire : « Tu préfères le verre rouge ou jaune? », « Tu veux descendre de cette table tout seul ou en me donnant la main? », « Tu préfères te mettre au lit tout seul ou que je reste à côté de toi? »

Gardez-en tête que ce n’est pas parce que vous cédez une fois que vous perdez toute autorité !

Reconnectez-vous à votre bon sens ! Il faut savoir parfois mettre le cadre de côté quand vous vous sentez trop fatiguée. Mieux vaut laisser passer une fois que de s’emporter et dire des mots que vous allez regretter. Préférez ne pas passer vos nerfs sur lui, demain, ce sera diffèrent, quand tous les deux vous serez capables de vous écouter pour mieux coopérer.

En expérimentant et en adoptant la coopération vous permettrez à vos enfants de devenir des adultes qui oseront s’affirmer, qui oseront dire des vrais nons, quand c’est non, et des vrais ouis quand c’est oui, qui seront respecter leurs besoins et ceux des autres. Alors est ce que le jeu n’en vaut pas la chandelle ?

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Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.