Comment réagir aux colères d’un enfant ?

Les colères ne sont pas toutes les mêmes et nous ne sommes pas toujours dans le même état d’esprit pour les accueillir. Il n’y a donc pas une solution mais plusieurs outils pour comprendre et accompagner ces moments délicats.

Il faut avant tout comprendre ce qui se passe dans le cerveau de l’enfant à ce moment-là. Notre cerveau est composé de 3 étages qui en temps normal sont reliés par un escalier assez stable : au RDC on trouve le cerveau reptilien, celui des instincts primaires (respirer, déglutir, fuir…) au 1er étage se trouve le cerveau limbique, celui des émotions, de la mémoire. Les connexions neuronales dans ces 2 parties du cerveau se développent à l’état fœtal et pendant les toutes premières années. Le dernier étage, c’est le cortex préfrontal, celui de l’analyse, de la logique, du langage mais aussi de l’empathie. Les neurosciences affectives et sociales, grâce à l’imagerie médicale, ont déterminé que cette dernière partie arrivait à maturité vers…25 ans. Rien d’étonnant aux comportements excessifs de l’enfance et l’adolescence ! Cette immaturité cérébrale est donc souvent en cause dans les colères. L’enfant ne peut pas être rationnel, penser avant d’agir ou anticiper seul, c’est physiologiquement impossible. Quand il est en colère, il y a en effet une véritable déconnexion du cortex préfrontal.

Comment agir ?

1/ Je remplace le NON par STOP ou ARRETE.

Plutôt que des interdictions, il vaut mieux donner des permissions ! Le cerveau des enfants (mais aussi souvent celui des adultes !) n’est pas câblé pour comprendre la négation. Donc au lieu de lui dire « Ne cours pas » on préfère « Marche », au lieu de lui « Non ne touche pas aux allumettes » et lui enlever la boite de façon autoritaire, on peut dire « Stop, ferme la boîte d’allumettes » et peut être lui montrer comment faire.

Les permissions focalisent l’attention de l’enfant sur le comportement désiré, alors que les interdits focalisent l’attention sur le comportement problème.

2/ Se rappeler qu’il faut rappeler, répéter…

L’enfant qui expérimente sans cesse est dans l’immédiateté. Ses capacités de mémorisation se construisent dans la répétition des gestes et des mots. Il n’est donc pas dans la provocation quand il répète une même « bêtise », c’est juste une façon d’expérimenter que c’est bien ça que vous ne voulez pas. Si vous lui dites : « Ne mange pas avec tes doigts ! » et qu’il continue, en général on lui dit un ton plus haut « Je t’ai dit de ne pas manger avec tes doigts, tu es un vrai cochon ». Le repas est gâché, il pleure, s’énerve, vous vous énervez…On peut essaie « Mange plutôt avec ta cuillère, regarde comme ça. » S’il recommence on lui dit « c’est bien avec ta cuillère que je t’ai demandé de manger ».

3/L’outil « magique »

Savez-vous que dans une journée un enfant entend 10 réprimandes pour 1 compliment. On a tendance à ne voir que les choses que l’enfant ne fait de pas bien et de lui dire : « range ta chambre/dépêche-toi/ tu traines/t’as pas encore fini/ t’es un cochon/tu n’écoutes rien/arrête tes caprices ! » (Bon pas tout à la fois quand même ;-). Du coup l’enfant, dont le ressort inné est d’attirer l’attention de ses parents prend l’habitude de rechercher une attention négative et on a vite tendance à rentrer dans les colères de part et d’autre ! Du coup on colle aussi une étiquette à l’enfant, celle de l’enfant qui n’écoute JAMAIS, de la « capricieuse »…étiquette à laquelle l’enfant finit par s’identifier…et le cercle vicieux s’installe !

Je propose d’inverser la tendance et d’observer tout ce que l’enfant fait de bien même s’il vous faut une loupe pour les voir !!! « Tu as aidé à mettre ton verre dans le lave-vaisselle, ça me rend vraiment service, merci beaucoup ! / Tu as commencé à enfiler ta chaussette, alors qu’avant tu avais besoin de moi, tu deviens grand et ça me fait plaisir… ».

Ces encouragements (les compliments descriptifs) se basent sur l’observation, ce que fait l’enfant, en le valorisant mais sans emphase. Pas de « Super, t’es trop fort » ou « génial, t’as fini… » qui ne donnent aucune indication à l’enfant sur le comportement qu’on souhaite qu’il ait.

4/ Quand le jeune enfant veut tout, tout de suite

Un enfant jusqu’à 2 ans ne peut pas se représenter le futur. Lui dire « tu auras un bonbon à 4h » ou « Je te lis une histoire dans 30 secondes/5 minutes », ça n’a pas de signification si ce n’est…l’éternité pour lui!!! Quand un enfant réclame quelque chose, le plus important est de l’entendre, pas de lui dire qu’il l’aura en différé ou de lui dire « Non pas maintenant, c’est pas l’heure/tu attends ». Mieux vaut une interaction rapide qui lui apprendra davantage la frustration : « J’ai faiiiimm !/ veux un gâteeaauu » « Pas maintenant, c’est pas l’heure ! » « ouiiinnn ». On essaie « Je vois que tu as faim, l’heure du repas est encore loin, tu préfères un bout de pomme ou un bout de carotte » / « j’ai l’impression que tu as envie de ces gâteaux, en même temps c’est presque l’heure de manger, pour aller plus vite tu veux bien m’aider à mettre la table ? »

5/Et si la colère survient quand même ?

Que l’on soit enfant ou adulte on a le droit d’éprouver de la colère, cette l’émotion est naturelle, et elle est souvent causée par la frustration. Alors on l’accueille en faisant de l’écoute active/empathique : « Je vois que tu es furieux/ j’ai l’impression que tu n’es pas content du tout/ tu dois être très en colère pour te rouler parterre… ». Lui demander de se calmer, ne sert à rien car en fait cette colère EST sa manière de se calmer. En effet, son système nerveux surchargé, va déclencher cette réaction de décharge des tensions accumulées. Devant cette colère l’alternative que voit les parents c’est : céder/ne pas céder…ce qui est un piège. Pourquoi ? Parce que dans les 2 cas le besoin de l’enfant n’est pas pris en compte. Il a besoin dans ce cas que son cerveau se reconnecte et cette reconnexion se fait souvent par le contact physique et la maîtrise du parent à garder son calme (plus facile à dire qu’à faire…et pourtant). Il est paradoxal de s’énerver en demandant à l’enfant de se calmer, non ? Le fait de prendre l’enfant dans vos bras, de le contenir, va le rassurer (oui oui, même s’il se débat !) si vous respirez calmement vos respirations vont se synchroniser et l’enfant finira par s’apaiser.

Apprenez à votre enfant à comprendre ses émotions en constatant à haute voix ses changements d’humeur, sans jugement. Constater simplement « tu as l’air triste » ou « je vois que tu es en colère » lui permettra de mettre un nom sur ce qu’il vit. En apprenant cette « grammaire émotionnelle » dès le plus jeune âge, votre enfant grandira avec les clés dont il a besoin pour se comprendre et analyser ses émotions.

Ce n’est pas parce que les origines de ses émotions vous semblent sans gravité qu’il ne faut pas les prendre au sérieux. Dans son univers, être boudé par son ou sa meilleur(e) ami(e) est un drame sans précédent ! Faites-vous aussi preuve d’empathie et mettez-vous à sa place en faisant l’effort d’écouter et de comprendre ses problèmes tout en l’aidant à y apporter des solutions constructives. En s’inspirant de votre propre intelligence émotionnelle, il sera mieux armé pour s’attaquer à la vie d’adulte une fois grand, alors donnez l’exemple !

6/ Comprendre n’est pas cautionner

L’enfant peut avoir fait une « bêtise », commis une maladresse qui vous a fait vous emporter, vous avez grondé votre enfant, il rétorque : « Méchante maman », pleure, boude, crie… Le verre de jus de fruit est renversé, il est 7h50 et à 8h vous devez être partis…Vous gagnerez du temps à :

  1. Dire à votre enfant : « je comprends que tu sois en colère car j’ai crié fort, je te présente mes excuses mais maintenant il faut réparer cette maladresse. Alors tu prends une éponge et tu nettoies »
  2. Faire réparer PAR VOTRE ENFANT, lui enseigne la responsabilité de ses actes et il en comprend les conséquences, il est donc intéressant d’inculquer « la réparation » assez jeune à l’enfant, à 2 ans il en est tout à fait capable. Donc il nettoie le jus d’orange (aussi bien qu’il peut…). Si ça n’est pas parfait, ça n’est pas dramatique, l’important c’est qu’il ait coopéré. Vous pourrez une autre fois lui montrer le maniement de l’éponge !
  3. L’encourager : « tu as réparer ta maladresse, la table est propre, je te remercie, tu deviens vraiment responsable, bravo ! »

ET hop en voiture. Dans un scénario traditionnel : on s’énerve, l’enfant pleure, rechigne à obtempérer, traine, on s’énerve davantage…début de journée difficile pour tout le monde.

La réparation a pour vertu d’apprendre l’autonomie et la responsabilité à l’enfant car le parent ne fait plus à sa place.

7/ Deux autres outils bien utiles

  1. Le choix limité : pour anticiper une colère sous-jacente ou en désamorcer une, on peut proposer un choix de 2 à l’enfant. « je veux mettre ma robe rose » « Non, non il pleut donc tu mets ton jean » « veuuux ma robe roooose !!! » Voici un autre scénario : « je veux mettre ma robe rose » « je sais que tu aimes bien ta robe rose, en même temps il pleut aujourd’hui, elle risque d’être toute mouillée alors tu préfères mettre ton jean ou ton legging ? ». Cette technique permet à l’enfant de se sentir maitre de son choix. Maintenant si l’alternative ne fonctionne pas, il est aussi tout à fait possible de laisser l’enfant faire sa propre expérience. « Ok, tu mets ta robe rose et il pleut, tu risques d’avoir froid mais c’est ton choix »…
  2. La discussion préparatoire : elle permet d’aider l’enfant à anticiper ce qui va se passer et à mieux l’accepter et donc éviter les réticences voire les crises. Elle peut être envisagée soit pour modifier un comportement inapproprié. On annonce d’abord ce qui est attendu « Au repas de ce soir, pour que ça se passe bien, tout le monde va manger avec ses couverts », puis on pose des questions : » Est-ce qu’on pourra manger avec les doigts ? » « Et toi tu vas utiliser quoi pour manger ? » « Pourquoi on ne peut pas manger avec les doigts ? ». Ces questions ont pour but d’activer la visualisation dans le cerveau de l’enfant et de le faire reformuler (on retient 20% de ce qu’on entend mais 80% de ce qu’on entend et de ce qu’on reformule !). Bien sûr on pense à encourager l’enfant lors de ses réponses : » tu as en effet bien mémorisé ce que je t’ai dit, tu peux être fier de toi ». On peut aussi se servir de la discussion préparatoire pour préparer l’enfant à une activité/un événement qu’on anticipe comme pouvant être difficile pour lui : aller au supermarché alors qu’il joue tranquillement dans sa chambre. En amont, 1h avant (mais parfois pour les enfants plus grands ça peut être la veille) on explique à l’enfant ce qui va se passer. « A 2h nous irons faire les courses. Quand je te dirai d’arrêter pour mettre tes chaussures, je m’attends à ce que tu viennes tout de suite ». Puis phase de questions : « Tu pourras encore jouer quand je te dirai de mettre tes chaussures ? » « Est-ce que tu vas pleurer/t’énerver ? » « Que vas-tu faire quand je te dirai de venir ? ». On peut s’aider d’un réveil ou d’un Time Timer qui sonne quand il est l’heure d’arrêter de jouer.

Ces quelques conseils sont les bases d’un développement serein de votre enfant pour qu’il devienne un adulte à l’écoute de ses émotions et de celles des autres. L’essentiel est de maintenir une écoute et une communication permanentes, avec bienveillance et empathie, pour créer un environnement favorable à l’épanouissement de votre enfant.

Et souvenez vous: je garde toujours en tête que la crise, la colère peut aussi devenir une opportunité d’apprentissage 😉

Catégories : Les émotions

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.