« Allez dépêche-toi ! », « Fais vite, on va être en retard ! », « T’as toujours pas mis ton blouson ! » Et oui chaque minute compte dans nos vies modernes et effrénées. On a constamment l’impression qu’on doit cocher quelque chose de notre to do list (à l’instant où j’écris cet article, j’en ai 2 sous les yeux !) et puis on a tous ses écrans à vérifier : son smartphone, sa tablette, on doit tous se presser pour se rendre à un rendez-vous, ou emmener les enfants à leur activité extra-scolaire. Mais quoi qu’on fasse, quelle que soit l’organisation qu’on mette en place, on finit toujours par avoir l’impression qu’il n’y a pas assez d’heures dans une journée pour arriver à tout faire. Toujours être à l’heure, toujours devoir faire vite…

Avec des enfants cette cadence s’intensifie car nous ajoutons à nos obligations (travail, courses, ménage, devoirs, repas…) les leurs (écoles, anniversaires, activités sportives, artistiques, gestion de leur temps…). Et nous nous heurtons à une difficulté majeure : nos priorités ne sont pas celles de nos enfants. Tandis que nous sommes préoccupés par nos planning et nos objectifs, l’enfant lui est bel et bien ancré dans le présent. En tant qu’adulte, nous savons plutôt bien gérer nos agendas, mais l’agenda des enfants ne comporte pas les mêmes tâches, sur le leur c’est écrit JOUER à chaque heure, chaque jour. Du coup, en tant que Maître du Temps à la maison quand vous lui demander de se dépêcher, lui veut finir sa tour de Légo, faire encore cinq pirouettes sur son lit avant de se coucher, aller chercher un truc hyper important dans sa chambre avant de partir à l’école…

En fait, le « dépêche-toi » crée de la confusion parce que l’enfant ne comprend pas qu’il doit faire les choses plus rapidement sans s’arrêter, en enchainant une suite de comportements complexes qu’il n’a pas encore acquis. Il est juste influencé par le stress de l’adulte et ça le stresse à son tour. « Dépêche-toi ! », ces deux mots génèrent en effet du stress pour un être qui, avant l’âge de 7 ans, n’a pas acquis la notion du temps.Le stress peut nuire au développement cérébral de l’enfant, les neurosciences affectives et sociales le démontrent grâce à l’imagerie médicale.  Le stress modifie les molécules cérébrales, et agit également sur l’expression de certains gènes. Les enfants ont un cerveau très fragile et très malléable.

Alors voici 8 astuces pour encourager votre enfant à coopérer tout en respectant son rythme, mais sans pour autant être en retard !

  • J’utilise la discussion préparatoire.

Avec cette technique vous allez aider votre enfant à anticiper ce qui va se passer et à mieux l’accepter. Exemple : au repas du soir vous expliquez à Emma que demain matin après le petit déjeuner elle devra se laver les dents, puis s’habiller avec les habits préparés la veille et que quand vous direz : « dans 10 minutes on part. » elle devra être dans l’entrée pour mettre ses chaussures et son blouson. Puis vous lui posez des questions sur ce que vous venez de lui dire : Que vas-tu faire après le petit déjeuner ? Tu pourras jouer ? Une fois des dents brossées, où vas-tu aller ? Pour faire quoi ? Et quand je vais t’appeler, que feras-tu ? Ces questions vous permettent de vérifier qu’elle a bien en tête ce qu’elle devra faire et pour Emma ça lui permet de se visualiser dans la situation. Savez-vous que l’on retient 20% de ce qu’on entend mais 80% de ce qu’on a entendu et reformulé ! Le lendemain matin au petit déjeuner on peut à nouveau reposer quelques questions pour engrammer le scénario dans la tête d’Emma.

  • J’utilise le brainstorming

Il s’agit là aussi d’anticipation, mais au lieu de suggérer les choses à l’enfant on l’aide à trouver des solutions. « Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que les choses se passent mieux le matin ? », « comment pourrais-tu t’organiser pour ne plus être en retard ? »

  • J’utilise un timer, un minuteur

Investir dans un Time Timer peut aider l’enfant dans son apprentissage du temps. L’avantage du Time Timer c’est qu’il est très visuel avec son disque rouge qui disparait au fur et à mesure que le temps avance et qu’il émette une sonnerie. On peut le règler en disant “Dans 5 minutes, on y va”, ou on peut aussi demander de combien de temps l’enfant a besoin pour finir son activité quand vous savez que vous êtes moins pressée. On peut même proposer à l’enfant de faire une course contre le Time Timer.

  • J’utilise le jeu

Oui même quand on est pressé le jeu peut nous sortir de difficultés. Quel jeu ? Celui de la course : Tu préfères te déplacer comme un cheval ou comme un guépard, en marche avant ou en marche arrière. « Jacques a dit » peut aussi être une bonne alternative : Jacques a dit : ”Mets ta chaussure droite”, Jacques a dit : ”Mets ton bonnet”. Vous pouvez aussi “piéger” l’enfant : “Enlève ton manteau”… et non, je n’ai pas dit Jacques a dit :-). Autre jeu : lancer des défis à l’enfant sur le thème de “Je parie que…” : “Je parie que tu n’arrives même pas à enfiler ton manteau avant que je finisse de mettre mes bottes.”

  • J’utilise l’écoute empathique

On peut reconnaître le sentiment de l’enfant en lui disant que oui, c’est agréable de jouer aux petites voitures dans sa chambre et qu’on comprend qu’il n’ait pas envie de partir. « Je vois bien que tu t’amuses et que tu préférerais rester ici », « J’ai l’impression que tu n’as pas très envie d’arrêter ton jeu », « Je comprends que tu ne veuilles pas mettre tes chaussures » … « mais en même temps tu as commencé à diriger les voitures vers la boite de rangement/ tu as posé le cube/ tu as mis un pied dans ta chaussure » et l’encourager ! « Tu t’es souvenu de ranger avant de partir, sans que j’aie besoin de te le dire/ Tu as mis cette chaussure tout seul, sans que je t’aide, tu fais preuve d’autonomie » …

  • Je parle de mes émotions

En général en tant que parents, on ne parle pas trop des émotions qui nous traversent. C’est passer à côté de l’occasion de montrer à nos enfants ce qu’on en fait, comment on les vit. On peut dire à l’enfant l’état dans lequel nous met le fait d’être en retard ou de devoir se presser. On peut l’exprimer de manière bienveillante en exposant ce que l’on ressent : « Quand tu traînes au moment de partir, je me sens agacée car j’ai besoin de respect dans ce que je demande, alors je te demande de te préparer dans le temps convenu ».

  • Je lui propose des choix

Quand l’enfant ne bouge pas ou traine, on peut lui proposer des choix : « Tu préfères mettre ton manteau rouge ou ton anorak bleu, tes baskets ou tes sandales ? » « Ce matin on prend quelle route ? Celle qui passe devant l’église ou devant chez Mathias ? »

  • Je passe du temps de qualité avec mon enfant 

Passer 10/15 minutes en tête à tête avec son enfant, sans son portable, sans frère ou sœur, c’est tout simplement retrouver ce pourquoi on voulait l’avoir ! Pour profiter d’être avec lui, partager sans le presser, ni se presser mais juste apprécier ! Faire un jeu de société, une partie de chatouille, jouer à la dînette ou parler des stratégies qu’il utilise pour son jeu vidéo, instaura une belle complicité. Ces moments privilégiés sont importants pour permettre à l’enfant de se construire, de trouver sa place, de se sentir accepté, considéré, important.

Il est en effet important de ralentir le rythme pour mieux profiter de ses enfants et donner plus de temps pour l’essentiel.

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive mais vous pouvez vous en inspirer, les mixer les techniques les unes avec les autres. Ces idées ne prennent pas beaucoup de temps dans leur mise en œuvre mais elles vous en feront gagner face aux crises et colères auxquelles vous avez peut-être dû faire face à la suite d’un « dépêche-toi » ou d’un « Non on n’a pas le temps ».

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Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.