Les stratégies et techniques pour gérer l’agitation motrice d’un enfant TDAH

En consultation lorsque j’interroge les parents d’enfants TDAH (avec hyperactivité) sur leur priorité, ils citent en premier lieu le souhait d’avoir un enfant moins agité. En effet, ces enfants ont tendance à être constamment en action, à faire des mouvements brusques, à courir plutôt que marcher, à se lever de leur chaise fréquemment, à parler sans cesse et à être incapable de se reposer. Ce sont des symptômes manifestes mal supportés par l’entourage de l’enfant, du fait de leurs conséquences sur la vie familiale, l’adaptation scolaire et les apprentissages, et des désordres qu’ils entraînent dans la vie de tous les jours. Plutôt que de tenter d’enrayer ces comportements et de s’y épuiser en rabâchant et en s’énervant, il convient de fournir à l’enfant un contexte et des occasions lui permettant d’utiliser son énergie.

Bien que le sport représente la meilleure option pour se dépenser, la réalité du quotidien contraint les parents à vaquer à de nombreuses tâches et il reste peu ou pas de place à celle de coach sportif ! Les heures de sport à l’école sont quant à elles trop limitées. Alors quelles stratégies mettre en place ?

Bouger pour se préparer et collaborer

Les recherches démontrent que les capacités attentionnelles sont supérieures lorsque les tâches sont précédées d’activités physiques, même si on n’est pas TDAH ! Bouger on le sait augmente l’apport en oxygène au cerveau et stimule les fonctions cognitives. Donc pendant la routine du matin exit les écrans. Ils sont beaucoup trop hypnotisant et sont à l’opposé de l’activité motrice recherchée. Aussi dès le matin on peut envisager, en s’organisant différemment, d’aller à l’école en vélo ou à pied si le trajet s’y prête. L’école est trop loin ? Votre enfant trop jeune ? Vous pouvez vous garer à 2 rues de l’école. Pas possible pour vous ? Alors avant de prendre la voiture, autorisez-le à courir autour de la maison ou d’une zone délimitée et chronométrez-le, il améliorera petit à petit sa performance. Au retour de l’école vous pouvez organiser une course de saut de kangourou dans le couloir. En combien de sauts traverse-t-il le couloir ? Et à cloche pied ? Et à pas de géant ? A pas de fourmi ? Vous habitez en maison, laissez-le se défouler en ramassant les feuilles mortes, en arrosant les fleurs, en transportant des bûches de bois. Vous avez un trampoline ? Formidable, laissez-le 10 minutes faire des cabrioles. Vous n’en avez pas ? Un vieux matelas peut faire l’affaire. Au quotidien toutes les stratégies qui exigeront un effort physique devraient être employées. Engagez-le dans des activités de collaboration qui l’inciteront à bouger : aller chercher du lait à la cave, aller chercher le courrier. Mettez-le au défi de faire 3 tours de maison en moins de 2 minutes ou de monter et descendre 2 étages. Si vous êtes en forme et que vous avez le temps, faites une compétition. Pendant le temps des devoirs, il peut varier les positions. Qui a dit que pour apprendre une leçon il fallait obligatoirement être assis à son bureau ? Il peut apprendre debout, allonger sur le ventre, sur le dos, en se balançant d’un pied sur l’autre.

Mais il doit aussi apprendre à bouger sans déranger…

Dans certaines circonstances il devra aussi tenir compte de l’environnement et du confort des gens qui l’entourent et ne pas les exaspérer (école, transports en commun, files d’attente, lieux publics…). Pour un enfant hyperactif, le fait de devoir contrôler ses impulsions physiques exige une énergie considérable qui le rendra moins disponible pour concentrer son attention sur d’autres choses. Il faut donc dans ces circonstances faire appel à des astuces comme les fidgets. En anglais, fidget veut dire «remuer», «tripoter», «frétiller», «avoir la bougeotte». Les fidgets sont des petits outils s’adressant aux hyperactifs/TDAH ou ayant des troubles de l’attention et de la concentration. Ils s’utilisent à l’école, à la maison à l’extérieur et aident à focaliser l’attention en proposant un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement. Ces divers objets encouragent la manipulation : ils se malaxent, se triturent dans tous les sens et procurent un bien être tactile. Discrets, ils se glissent dans le sac, la trousse, la poche… https://www.hoptoys.fr/fidgets-c-1065.html . Autre astuce, permettre à votre enfant de se lever. En l’avion ou dans le train on l’autorise à faire un aller-retour dans le compartiment. A l’école certains enseignants permettent à l’élève de se lever de façon périodique ou donnent des responsabilités comme celle de facteur (l’enfant est responsable des documents à transmettre d’une classe à l’autre, des photocopies à faire en salle des profs). N’hésitez pas à rencontrer l’enseignant, il devrait être réceptif aux astuces que vous lui suggérerez, puisqu’elles lui permettront de mobiliser l’énergie de votre enfant. Cela aura non seulement comme effet de canaliser ce besoin de bouger mais aussi de le valoriser, au lieu de s’entendre répéter : arrête de gesticuler… assieds-toi…reste tranquille ! Quoiqu’il en soit avant de vous rendre dans un endroit public où son calme sera sollicité, il faudra préparer votre enfant. Faites plusieurs discussions préparatoires en amont qui auront comme vertu d’aider votre enfant à anticiper ce qui va se passer et à mieux l’accepter. Apprenez-lui des techniques de détente ou de relaxation basées sur la respiration. Autre technique possible : la contraction musculaire. L’enfant contracte tous les muscles de son corps, garde la tension 5 secondes et relâche en poussant un gros soupir. A répéter 10 fois. Dans ces situations qui exigent que le niveau d’activité de votre enfant soit ramené à un seuil plus tolérable et socialement acceptable, vous pouvez vous charger d’occuper ses pensées : devinettes dans une file d’attente, jeu du « ni oui, ni non », au restaurant il peut griffonner sur le napperon en papier, à moins que votre proactivité vous ait fait glisser quelques feuilles et crayons dans votre sac…Enfin mettez au point ensemble un code secret (geste ou mot) pour signaler à votre enfant qu’il doit se calmer afin de ne pas le réprimander publiquement sur des comportements qu’il peine à contrôler.

 

Bouger pour faire du sport

Si les effets positifs du sport sont bien connus, les enfants atteints de TDAH sont souvent face à des défis pour y parvenir. Apprendre un sport exige concentration et attention au détail. L’impulsivité, l’inattention et la faible tolérance à la frustration entravent souvent la réussite sportive pour ces enfants. C’est la raison pour laquelle il sera aussi important de communiquer avec l’animateur/entraîneur pour expliquer la spécificité de votre enfant.

Mais quel sport choisir ?

Un enfant hyperactif peut très rapidement se laisser envahir par des émotions trop fortes qui l’empêchent de gérer son stress avec ses camarades et d’écouter l’éducateur sportif. Un enfant hyperactif peut avoir des difficultés à s’intégrer dans un groupe car il est souvent « décalé » par rapport à ses camarades. Quand les parents me le demandent, je conseille plutôt des sports individuels où l’enfant pourra être au contact avec d’autres enfants mais ne jouera ni avec eux, ni contre eux. Par exemple l’équitation, la natation, l’athlétisme, la gymnastique. Je ne conseille pas trop les sports individuels de contact (judo, lutte, karaté) et les sports collectifs, car il y aurait trop d’excitation, trop d’émotions à gérer. Dans le cas du judo, qui est pratiqué dans l’école où j’interviens, je vois souvent des enfants diagnostiqués TDAH qui ne parviennent pas à gérer le « contact direct » avec leurs partenaires et l’aspect « combat » de ce sport.

Il peut arriver que malgré toutes les incitations et les tentatives de leurs parents pour les amener à être actifs, certains enfants résistent et se rebutent. Devant ce qui parait un éternel combat trop de parents baissent les bras. Et pourtant l’activité physique, le sport génère de vrais bénéfices pour l’enfant TDAH. Alors rappelez-vous que le plaisir de partager, un moment avec les parents peut aussi surpasser les désagréments perçus dans l’activité. https://mycoachparental.fr/enfant-et-sport/

 

Enfin rappelez-vous aussi qu’avec un enfant TDAH peut être encore plus qu’avec un autre enfant les compliments descriptifs lors des petits pas dans la bonne direction sauront le motiver à faire des efforts et à montrer le meilleur de lui-même. En étant positif vous aiderez votre enfant à avoir une image plus positive de lui et ça renforcera sa confiance en lui. Alors n’hésitez pas à vous concentrer sur les immenses qualités qui accompagnent souvent le TDAH : la sensibilité, la curiosité, la vivacité d’esprit, la créativité et l’énergie !

Vous pouvez aussi lire cet article https://mycoachparental.fr/enfant-tdah-vous-pouvez-maide/ qui vous apporte des pistes pour vivre plus harmonieusement avec votre enfant TDAH.

 

Catégories : TDAH

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.