Quand les neurosciences nous aident à mieux comprendre l’enfant

Les neuroscientifiques depuis une dizaine d’année nous révèlent les secrets du cerveau. Ils nous enseignent que nous sommes à l’aube de la connaissance de ce formidable organe. Ce centre de nos émotions, de nos souvenirs, de notre conscience et de notre pensée, se développe in utero et reste en effervescence toute notre vie. Les premières années de la vie sont de véritables fondations sur lesquelles s’enracine toute l’existence. Les expériences que l’enfant vivra durant ces premières années seront décisives, car son cerveau, très immature pendant cette période, sera en pleine construction. L’enfant sera donc fragile, malléable et influençable. En effet la plasticité de son cerveau lui permet d’enregistrer toutes les expériences, quelles soient positives ou négatives…

Voilà ce que les neuroscientifiques ont établi: le plus malléable de nos organes peut être séquencé en 5 âges.

  1. 1er âge, le Big bang: dès le 28ème jour in utero, l’embryon a la taille d’un grain de riz et déjà ses premières cellules commencent à émerger et forment des neurones. La machine à fabriquer les neurones met le turbo et 3000 neurones se forment chaque seconde ; à 6 mois de grossesse on en compte 90 milliards ; pourtant, à la naissance, le cerveau est très immature même si les cortex visuel et auditif sont quasiment achevés. Le tout petit peut donc avoir très largement accès aux perceptions sensorielles Les premières années sont déterminantes pour le développement de son cerveau. Il relève des défis permanents : tenir sa tête, bouger les bras, le tronc, les jambes, avant d’accéder à la coordination des mouvements.
  2. Le 2nd, le temps de tous les possibles: 1000 nouvelles connexions par secondes au cours des cinq premières années de la vie ! Le potentiel d’apprentissage est au top jusqu’à la puberté. Le cerveau est d’une telle plasticité et les connexions entre les neurones si flexibles que, par exemple, l’apprentissage d’une seconde langue est simple et naturelle avant 10 ans.
  3. Le 3ème, le grand ménage: De la naissance à l’âge de la marche près de 30% de nos connexions vont être éliminées pour que seules celles ayant un lien fonctionnel soient stabilisées. A l’adolescence, on sait que les zones du centre des émotions et des sensations se développent en premier alors que le cortex préfrontal s’étoffe plus tard ; ce qui explique que l’ado a de grandes capacités cognitives mais montre une immaturité émotionnelle (conflits, colères, tristesse, coup de foudre, emballements, comportement excessifs).
  4. Le 4ème, en route vers la maturité: les neuroscientifiques ont découvert que le cortex préfrontal (zone dédiée aux responsabilités, planifications, définition des priorités et à la maîtrise des émotions) n’arrive à maturité que vers 25 ans !
  5. Le 5ème, le cerveau à son apogée: de 25 à 65 ans environ, les connexions sont établies et fonctionnent très bien. Cerise sur le gâteau : des nouveaux neurones continuent à se former en migrant vers des zones qui en ont besoin. Le cerveau est comme un muscle, si on l’entraîne, on va stimuler la formation de nouvelles connexions.

 

Le  cerveau des enfants a besoin d’expérimentation et de récurrence

Pratiquer de nouvelles activités, apprendre une langue, fuir les habitudes, permet aux neurones tout justes nés, de survivre. Les nouvelles stimulations encouragent les jeunes neurones à s’intégrer dans des circuits cérébraux et à établir des connexions.
Le plus grand cadeau qu’on puisse faire aux enfants est de leur apporter les moyens de développer leur curiosité et répondre à toutes leurs questions ; la diversité des activités ne nuira jamais aux rituels essentiels liés au rythme et à la qualité de leur sommeil, alimentation et soins. L’enfant est fait pour la joie et l’émerveillement et se nourrit de toute nouvelle découverte et expérimentation.
Saviez-vous que certaines personnes âgées faisant preuve de curiosité intellectuelle toute leur vie donnent l’impression d’être des éternels ados ; en effet, plus leur cerveau perçoit des changements, plus il se régénère !                                                                                                                      Mais pour que ces connexions perdurent et se renforcent il faut remobiliser souvent les apprentissages.

Les neurones miroir ou l’apprentissage par imitation

L’homme est fait pour coopérer et la dernière génération d’adultes a tout compris : la coopération, le covoiturage, la coéducation, la cohabitation, le co-working… s’apporter les uns les autres pour démultiplier et mutualiser les moyens permet le développement du vivre ensemble en bonne intelligence. L’excellent film « Demain » https://www.demain-lefilm.com/  le démontre parfaitement. Ce film donne des ailes!

Les adultes réalisent des petits et grands progrès en s’imitant, en associant leurs ressources, ils ont ainsi des modèles pour l’enfant qui les imite grâce aux neurones miroirs, jusqu’à reproduire leur attitude ; on l’observe dans le cadre des jeux symboliques, l’enfant gronde sa poupée, la câline, la rassure, lui fait la morale !

Le cerveau centre des émotions : apprendre à les reconnaître

Inutile de juger et d’apposer une étiquette sur l’enfant : « t’es un trouillard », « t’es une pleureuse », « arrête tes caprices ! ». L’enfant est ce qu’il ressent à un moment donné, son cerveau est immature et il ne peut maîtriser seul la situation qui s’impose à lui. L’essentiel c’est de faire preuve d’empathie en permettant à l’enfant de comprendre son état et en mettant sur ce qu’il peut ressentir pour lui faire comprendre le lien entre son état et le mot adapté et l’encourager à l’exprimer lui-même quand il aura élargi son vocabulaire.
Par exemple, quand un enfant tombe et pleure, lui dire : « C’est rien, arrête de pleurer ! » c’est comme parler une langue qu’il ne comprend pas. Par contre lui dire « J’ai l’impression que tu as-tu eu peur ? Je vais voir ce que tu as et je vais m’occuper de toi » et lui montrer toute votre affection engage l’enfant à entrer en connexion avec l’adulte, ils parlent le même langage puisque l’enfant se sent reconnu dans son émotion.
Montrer son affection, câliner, embrasser un enfant, le prendre dans ses bras, fait maturer son cerveau.
Un enfant dont l’émotion est ignorée ou incomprise va développer un état de stress qui active l’amygdale cérébrale-centre de la peur- et provoquer la sécrétion de cortisol et d’adrénaline, toxiques pour la santé psychologique et motrice, nous enseigne le Dr Catherine Guéguen qui a rassemblé de très nombreuses recherches sur le sujet. Le cerveau du jeune enfant est dominé par ses émotions qu’il reçoit de plein fouet, sans les filtres que notre cerveau adulte a su bâtir par l’expérience et la maturité ; dans le même temps, la plasticité cérébrale fait que l’enfant est une véritable éponge qui absorbe tout mot, geste, humiliation, attitude et que chaque situation vécue, si elle n’est pas bien accompagnée, va laisser des traces.
Comment générer des situations positives qui nourrissent la maturité cérébrale ? Observer son enfant, l’écouter avec bienveillance, ne pas se priver de sourires, câlins et gestes affectueux ; l’enfant fait ses premiers pas dans un monde qu’il découvre, autant que celui-ci soit encourageant et riche en expériences et découvertes!

Pour résumer, accompagner les émotions et materner agit positivement sur le développement du cerveau, les facultés intellectuelles et affectives, l’apprentissage, la mémoire, la concentration ; soutient l’empathie naturelle, la coopération et permet de diminuer le stress et apaiser les émotions. A consommer sans modération…

Le cerveau n’aime pas le stress

Le temps de l’enfant est un temps lent. Lui dire par exemple de se dépêcher n’a pas de sens. C’est souvent cette situation du quotidien qui va stresser un enfant et l’empêcher de bien accomplir sa tâche car il ne peut et ne sait pas faire vite ; lui demander de se dépêcher, c’est le mettre en situation d’échec. Sous l’effet du stress, l’amygdale déclenche la sécrétion de cortisol et d’adrénaline qui se révèlent très toxiques quand elles sont présentes en quantité importante dans le cerveau immature du jeune enfant car il n’a pas la capacité d’évaluer la situation et de prendre du recul. Seul un adulte peut se raisonner, réévaluer une situation pour mettre en place des stratégies ; l’enfant, de son côté, peut vivre de vraies terreurs.

Jouer développe le cerveau

Dans les instants de jeu, le cerveau mâture. Lorsqu’un jeune enfant rentre de l’école, il éprouve un besoin irrépressible de jouer ; plus il aura passé de temps assis à apprendre dans sa classe plus ce besoin se fera ressentir en rentrant à la maison.  Le jeu est vital, le nourrisson joue avec ses pieds et mains, le bébé joue en explorant son univers ; l’imitation apportera d’autres perspectives de jeu, l’enfant apprend en jouant. Plus il apprend avec joie et enthousiasme plus son cerveau se développe et plus les émotions positives liées à l’apprentissage l’encouragent à explorer d’autres compétences.
Le jeu est fondamental pour le bien-être et le développement de tout enfant. Quand les enfants jouent, ils développent leurs habiletés sur plusieurs plans. Ils réfléchissent, résolvent des problèmes, s’expriment, bougent, coopèrent…

  • Apprendre grâce au jeu                                                                                                                                                                               Au cours des premières années de leur vie, les enfants explorent ou jouent en faisant les mêmes choses encore et encore. Les bébés, par exemple, vont saisir des blocs, les manipuler et les porter à leur bouche. Les tout-petits vont construire des tours avec leurs blocs simplement pour les faire tomber. Cet entraînement répété leur permet d’apprendre et de développer leur confiance en eux. Les enfants apprennent ce que sont les objets et ce qu’ils peuvent en faire. Ils commencent à comprendre leur univers. Pour les tout-petits, le jeu est une façon naturelle d’apprendre. Il se rapproche de la manière dont nous apprenons dans la vie de tous les jours. Au lieu d’intégrer un concept à la fois, comme on le fait en classe, les enfants doivent apprendre et utiliser plusieurs idées et objets en même temps. Jouer, c’est aussi joindre l’utile à l’agréable. Le jeu rend les enfants heureux ce qui facilite leur apprentissage et le rend même plus efficace.
  • Jouer à faire semblant                                                                                                                                                                              En grandissant, les enfants jouent à faire semblant et montrent ce qu’ils savent. Par exemple, quand ils portent un bloc à leur oreille et disent : « Allô ! », ils montrent qu’un objet peut être un téléphone « pour rire » et qu’un téléphone sert à parler aux gens. Quand ils décident de construire un château ou un aéroport, ils doivent réfléchir à la manière de s’y prendre pour atteindre leur but. Ils doivent donc faire preuve de créativité et de capacité à résoudre les problèmes. Quand ils jouent à faire semblant, les enfants comprennent le monde en essayant des choses qu’ils ont apprises et qu’ils ont vues, et en réfléchissant à leurs impressions. Ils « font le tri » entre l’imagination et la réalité. Rien qu’en regardant votre petit jouer, vous pouvez apprendre beaucoup de choses sur ce qu’il ressent et sur ce qu’il pense. Au cours d’une conférence du Dr Maurice Berger, psychiatre et psychanalyste sur le thème : « Quand enfance rime avec violence », il a clairement fait la relation entre le manque de jeu et les comportements instables à cause une vraie immaturité dans le développement émotionnel. Attention, je parle bien de jeu et non pas de jouets. Il faut que l’enfant explore aussi en déviant les objets : une serviette et deux chaises deviennent un château par exemple. Vous l’aurez bien compris ce paragraphe n’inclue pas les jeux vidéo !  Les jeux sur l’ordinateur et les consoles limitent beaucoup et enrichissent peu.  Par conséquent, bien qu’ils puissent être un complément, la chose fondamentale est le jeu libre, sans règles fixes. L’idéal est d’intercaler des moments de jeu individuels avec d’autres de moments partagés avec d’autres enfants.

Une zone cérébrale dédiée à l’empathie

Le bébé est naturellement doué d’empathie, il montre de la sincérité et de la sollicitude auprès d’autres enfants qui ont besoin d’aide et de soutien. On peut observer dans les crèches, chez les assistantes maternelles ou même dans les fratries d’âge très rapproché : une main qui caresse la tête d’un copain, un baiser sur la joue d’un autre, une tétine qu’un enfant va chercher pour un autre enfant.
Cette capacité innée qui nous permet d’identifier et de répondre aux émotions d’autrui est donc en chacun de nous à la naissance. Pour voir cette capacité perdurer, l’adulte a un très précieux rôle à jouer, à commencer par être empathique avec lui-même !
Si vous vivez en accord avec vous-même en répondant à vos besoins et que vous considérez vos émotions comme des signaux importants de votre état, alors vous êtes prêts à éprouver de l’empathie pour les autres.
Reconnaître et mettre des mots sur les émotions reçues par l’enfant lui permet de se sentir reconnu dans ce qu’il vit et d’adopter un comportement positif pour son développement.
La Communication Non Violente (Marshall B.Rosenberg « les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » https://www.amazon.fr/mots-sont-fen%C3%AAtres-bien-murs/dp/2707143812 est une approche de grande qualité qui nous permet de prévenir les comportements conflictuels par l’empathie.

 

En seulement quelques années, les adultes ont apprivoisé l’outil informatique, pourquoi ne pourraient-ils pas découvrir et apprendre comment fonctionne leur cerveau et celui des enfants pour mieux se comprendre les uns, les autres? En conclusion, je reprendrais les propos de l’excellente vidéo ci-dessous : l’expérience des enfants s’inscrit dans leur corps et dans leurs neurones, pour le meilleur mais aussi parfois pour le pire alors surveillons nos habitudes et celles que nous donnons à nos enfants car elles structurent directement leur cerveau.

Plasticité et développement.

Publiée par Monsieur Le Psychomotricien sur Vendredi 21 septembre 2018

Bien sûr je ne peux pas terminer cet article sans vous mettre la bande annonce du documentaire de Stéphanie Brilliant « Le cerveau des enfants ». Le film donne les clefs essentielles pour développer correctement leur cerveau. Comment aider les enfants à mieux gérer leurs colères, à se relever des échecs, à apprendre efficacement, etc

Vous pouvez si vous le souhaitez pré-commander le DVD ici:

https://www.jupiter-films.com/film-cerveau-des-enfants-le-88.php#dvd

 

 


Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.