Difficile pour un parent d’assister à des scènes de disputes entre ses enfants. Vous rêviez d’un quotidien rempli de douceur et de bienveillance et vous voilà en train de jouer les gendarmes pour les empêcher de s’entretuer ou de se dire des horreurs…

Que faut-il faire dans cette situation ? Comment désamorcer les conflits sans sombrer soi-même dans la colère, la violence ou l’injustice ? Peut-on gérer l’agressivité de ses enfants avec bienveillance ?

Oui et voici comment.


On dédramatise !


Avant tout chose si l’émotion vous submerge en cas de conflit entre vos enfants, le plus urgent est sans aucun doute de dédramatiser la situation. Gardez en tête que les disputes entre enfants sont tout à fait normales ! Se disputer, ne pas être d’accord, avoir des conflits d’opinion et d’appartenance, cela arrive à tout le monde, y compris aux enfants.

Il ne sert à rien de chercher à ce que vos enfants s’aiment entre eux ou soient « amis ». Mieux vaut leur apprendre à se parler, à s’écouter, à se rendre compte de leurs différences et à trouver eux mêmes des solutions pour surmonter ces différences.

Dès lors que l’enfant n’est plus seul au sein de la famille, l’unicité se perd pour accueillir un « étranger ». La rivalité fraternelle n’apparaît pas juste après la naissance d’un bébé. Elle survient souvent lorsque celui-ci a environ 6 mois, qu’il est éveillé pendant une grande partie de la journée et qu’il s’impose davantage comme une personne à part entière. Et bien qu’un enfant puisse avoir de l’affection pour son frère ou sa sœur, la jalousie n’est jamais loin. Pourquoi ?

Parce que la rivalité fraternelle se joue autour de l’amour parental. C’est la course à qui sera le plus aimé de ses parents. C’est inévitable et essentiel dans le processus de l’enfant pour grandir. L’enfant apprend ainsi par la jalousie à se comparer et à se différencier de ses frères et sœurs dans l’objectif de devenir lui-même. Donc loin d’être négative, elle agit comme un stimulant, un ferment à la construction de l’identité psychique de l’enfant.

Donc la première chose à faire est d’accepter la situation quand elle se présente. Cela vous permettra d’y remédier de la manière la plus lucide et le plus efficacement possible.

Les erreurs à éviter

Dédramatiser et garder la tête froide vous permettra d’éviter les principales erreurs que l’on est tenté de commettre lorsque l’on est sous le coup de l’émotion.

Il faut en premier lieu éviter autant que possible de prendre parti. Il y a toujours un enfant qui a eu des gestes ou des paroles plus violentes que l’autre. Même si vous avez été témoin d’une injustice, il vaut mieux en règle générale éviter de prendre parti. Cela risque en effet d’induire des comportements stéréotypés chez vos enfants, en les plaçant dans le rôle du « bourreau » et de la « victime ». Une fois ces comportements installés, ils ne font bien souvent que se renforcer, et il devient très difficile de s’en émanciper.

De la même manière, il faut éviter au maximum de porter des jugements sur ses enfants. Dire à un enfant qu’il a été méchant, cela risque de le pousser à adopter durablement le rôle de « méchant ». Dire qu’il a été faible, cela le pousse à adopter le rôle de la « victime ». Veillez toujours à dissocier l’acte de la personne. Votre enfant n’est pas méchant, il a simplement eu un acte inapproprié.

Enfin, évitez de culpabiliser vos enfants. S’il a blessé son frère ou sa sœur émotionnellement, ou s’il lui a fait mal physiquement, votre enfant en a parfaitement conscience. Soyez-en certain, votre enfant a beaucoup d’empathie… Voir l’autre souffrir le fait souffrir également. Inutile de remuer le couteau dans la plaie en y ajoutant de la culpabilité. Votre enfant va prendre conscience lui-même de la portée de ses actes et si ce n’était pas le cas vous pouvez dire : « cela fait mal d’être frappé » et non pas « tu lui as fait mal en le frappant ! »

Alors, je fais quoi ?

Encore une fois, je risque de vous surprendre ! Sachez qu’en règle générale, la meilleure chose à faire en cas de conflit est simplement… de ne rien faire. Je le sais, cela est plus facile à dire qu’à faire. Mais croyez-moi, si vous osez vous montrer patient et laisser les choses se dérouler sans votre intervention, la plupart des conflits se désamorceront d’eux-mêmes !

Lorsqu’un parent prend le parti de l’un des enfants (en général celui que l’on sent le plus vulnérable), l’autre enfant peut alors être mécontent de la solution imposée par le parent (rendre l’objet de la dispute, être envoyé dans sa chambre…) et de fait, en vouloir encore plus à son frère ou sa sœur. En revanche, celui qui a eu gain de cause, saura dorénavant ce qu’il doit faire pour attirer des ennuis à son frère ou sa sœur… Certains seront même prêts à provoquer subtilement l’autre pour se faire taper, sachant que le parent interviendra pour gronder ou punir l’auteur des faits !

Intervenir ajoute donc de l’huile sur le feu et n’aide pas les enfants à trouver par eux-mêmes des solutions à leurs désaccords.

Les techniques clés 

La discussion préparatoire : Pour réduire la fréquence et l’intensité des disputes, préparer vos enfants en amont aux situations que vous anticipez comme pouvant être conflictuelles. Il suffit pour cela de décrire brièvement la situation idéale que vous souhaitez initier : « vous allez jouer ensemble, si vous n’êtes pas d’accord, vous essayez de trouver une solution, sans hurler et sans vous taper ». Puis vous leur posez quelques questions : « Que devenez-vous faire avant de prendre un jouet qui appartient à l’autre ? », « Qu’allez-vous faire si vous n’êtes pas d’accord ? » « Vous avez le droit de vous taper dessus ? », Qu’est ce que vous pouvez faire si vous êtes en colère? »

Les compliments descriptifs : Dans les moments calmes où frères et sœurs jouent tranquillement faites-leur remarquer par un encouragement qui les motivera à montrer le meilleur d’eux-mêmes.

« Tu as joué avec ton frère un long moment cet après-midi sans te disputer avec lui ». « J’ai entendu que vous vous êtes chamaillés un petit moment puis vous avez continué à jouer calmement, vous avez trouvé une solution tous seuls, vous avez fait preuve de maturité ».

Le temps de qualité : passer 15 minutes par jour, seul avec son enfant à faire une activité avec lui (jeu de 7 familles, memory, se déguiser, se maquiller, regarder des photos de vous enfant…) aide chaque enfant à avoir des relations plus apaisées avec le reste de la fratrie. Car comme nous l’avons vu, les disputes sont souvent une manière de se faire remarquer des parents. Donc un peu de temps passé seul avec papa, puis avec maman, lui permet de recevoir l’attention dont il a besoin pour bien s’épanouir en famille, de se sentir valorisé , ce qui l’aidera à développer son estime de soi.

L’écoute empathique :  il y a des situations où il est impossible de rester les bras croisés, notamment lorsqu’un enfant a fait mal à l’autre en le tapant fort. Dans ce cas de figure, prenez l’enfant qui a mal dans vos bras et consolez-le, sans porter de jugement sur l’autre enfant. Dites simplement « j’ai l’impression que tu as mal », « tu as dû avoir peur », et dites-lui que cela est normal, afin que l’autre enfant prenne bien conscience de la conséquence de la violence sans culpabilisation.

Une fois que le premier enfant est consolé, il est temps de discuter en aparté avec l’enfant qui a eu un comportement violent. Vous l’aurez compris, il serait inutile, et même néfaste, de le faire culpabiliser ou de le mettre dans le rôle de méchant. En lui posant des questions, aidez-le simplement à comprendre ce qui vient de se passer, à mettre des mots sur ses émotions. Comme toutes les émotions, la colère ne vient jamais de nulle part. Elle exprime toujours un désir ou un besoin qui n’est pas entendu par l’autre ou par soi-même.

Faites-le chercher des solutions. Quel comportement devrait-il avoir dans une telle situation ? Comment pourrait-il exprimer ses besoins sans faire de mal à l’autre ? Comment pourrait-il gérer sa colère sans tomber dans la violence ou les insultes ?

Gérer un conflit ou une dispute n’est simple pour personne que l’on soit adulte ou enfant. Sans doute parce qu’on ne nous l’a jamais appris ! Aujourd’hui grâce à la parentalité positive et responsable, nous avons à notre disposition des outils. Alors servons-nous en pour retrouver davantage de sérénité dans le respect de chacun !

Notre rôle de parent n’est pas de juger ou d’accuser, ni même de jouer au gendarme. Nous sommes là pour aider nos enfants à trouver des solutions en eux-mêmes, afin de gérer leurs émotions et leurs relations dans le respect et la bienveillance. Cela demande du travail et un réajustement constant, mais c’est l’unique manière de sortir efficacement des mécanismes néfastes et violents.

Catégories : Les disputes

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.