Être dans l’ambivalence ou regretter vraiment d’être mère.

Les discours qui reconnaissent la difficulté à être mère sont nombreux : oui, les nuits sans sommeil sont épuisantes, la charge mentale et la charge émotionnelle des mères, sont aujourd’hui reconnues, la conciliation de la vie personnelle et professionnelle pèse sur les épaules des mères qui, malgré des avancées, restent majoritaires à assurer les tâches domestiques familiales. Pourtant, ces discours de mamans sont souvent ponctués d’un “mais” : c’est difficile d’être mère mais les sourires des enfants en valent la peine ; la maternité est une lourde tâche mais l’amour des enfants efface toutes les souffrances ; les responsabilités qui viennent avec la maternité sont épuisantes mais la famille, c’est sacré.

Sauf que parfois ce « mais » peut se dire du bout des lèvres, soufflé par la pression sociale, car on est bien d’accord ce regret d’être mère ne se dit pas.

Si 43 % des parents disent avoir des regrets passagers d’être devenus pères ou mères, d’après une étude canadienne de 2016, les regrets «permanents», eux, toucheraient entre 3 et 20 % des parents, selon trois études réalisées aux États-Unis et en Europe.

Attention tabou !

Être mère ça doit être LE rôle de votre vie ! D’ailleurs, la presse people regorge d’articles sur les stars devenues mère avec des titres tels que « Enfin maman !» ou «Le bonheur de sa vie !». Sur les réseaux sociaux, chacune s’adonne à la compétition de la plus belle photo de son chérubin, sourire aux lèvres, dans les bras de sa maman le couvrant de baisers. Et puis, bien ancré dans la tête de chacun, il y a l’imaginaire collectif, le domaine du sacré et les stéréotypes qui nous rappellent les avantages « supposés » de la maternité :

  • le bonheur en famille
  • les attentes sociales de ne pas être différentes des autres
  • se sentir appartenir à une communauté : le club des mamans, faire partie des femmes de la famille…
  • avoir l’impression de “progresser” dans la vie, avant il nous manque quelque chose, après on est complète !
  • avoir l’impression d’accomplir un “devoir” et ressentir de la fierté
  • acquérir un sentiment de maturité
  • devenir une “meilleure” personne , être un modèle pour les enfants et transmettre de belles valeurs.
  • créer des amitiés avec d’autres parents
  • ne pas se sentir seule et savoir que quelqu’un veillera sur soi plus tard…

Admettre ce regret est bien sûr plus difficile pour une mère que pour un père. Dès notre tout jeune âge, on nous enseigne que la maternité est l’essence même de notre vie. Qu’être maman est la preuve de notre féminité. C’est pourquoi il est si dévastateur pour une femme de constater que ce qu’elle ressent est différent de tout ce qu’on a pu lui dire.

Et puis cet enfant on l’a bien voulu et oui après tout il fallait réfléchir avant…et puis la contraception ça existe, non ? Et puis il y en a tellement qui galère pour avoir des enfants, sans compter les familles endeuillées par la perte d’un petit… Alors stop ! Ça n’est pas socialement correct.

Quand vient le temps de la renonciation

Sauf, qu’une fois qu’elle a un enfant, une mère renonce à beaucoup de choses auxquelles un homme n’a pas à renoncer : ne plus disposer de son temps comme bon lui semble, mettre sa carrière entre parenthèse, laisser s’éloigner ses rêves de voyage, vivre sa passion… On pense que le jour on deviendra mère tout prendra du sens, mais le quotidien de maman est surtout rempli de contraintes et de stress. Bref, un déséquilibre se crée qui ne permet pas de vivre sereinement la maternité. Le sentiment de perte de liberté, d’égarement de soi-même est bien présent. Prendre soin et éduquer un enfant demande beaucoup de temps et d’énergie. Se consacrer essentiellement à son rôle de mère peut provoquer de la frustration et une grande souffrance. On se retrouve cantonnée dans un rôle unique, celui de la mère. On a alors l’impression de ne plus exister en dehors de la maternité, comme s’il n’y avait plus que ce rôle-là pour nous définir.

Regret et amour sont compatibles

Le regret est souvent vu comme un manque d’amour maternel. Les gens pensent que si tu regrettes, c’est que tu n’aimes pas tes enfants. C’est faux ! Ces mamans ne sont ni égoïstes, ni maltraitantes juste conscientes d’un rôle qui ne leur convient pas. Des mamans témoignent en disant : « A la naissance, ce fut une révélation. Il était là, c’était LUI, et instantanément, le lien maternel a été très fort. Je ne vivais plus que pour lui, en m’oubliant totalement. C’est plus tard que j’ai déchanté. L’amour n’est jamais parti, c’est la nouvelle dimension de ma vie, que je n’apprécie pas… ». Les années passant ce rôle qui leur est assigné, les obligations liées à la maternité, la charge mentale et émotionnelle, l’épuisement physique, occuper les enfants et jouer avec eux ne leur convient plus, ne les définit pas. Les regrets les plus forts sont : la perte de liberté, le sentiment d’enfermement, le sentiment de ne plus exister, de ne plus s’accomplir comme personne, l’ennui et la routine.

Comment on s’en sort ?

  • Chacune d’entre nous doit pouvoir s’interroger en conscience sur son projet d’être mère. Ne pas se voiler la face sur les difficultés, les déceptions que l’on peut rencontrer. Le petit être à venir, qu’on a tendance à idéaliser, peut se révéler bien différent de l’attente que l’on avait. Les schémas éducatifs qu’on s’était promis de ne jamais utilisés (punitions, colères…) peuvent refaire surface et peser lourd sur notre culpabilité. Les grandes lignes que l’on s’était fixées (cododo, allaitement, école Montessori…) peuvent être intenables, irréalisables et occasionner beaucoup de frustration. Donc, parler de ce projet en amont permet d’être au moins au clair avec soi-même et avec son compagnon.
  • D’autre part, l’implication des pères dès la naissance, en les immergeant immédiatement et complètement dans leur nouveau rôle, grâce au congé de paternité maintenant plus long en France, leur permet, à l’instar des mères, d’acquérir la confiance et les compétences nécessaires pour occuper pleinement leur place au sein de la famille. La participation des pères aux tâches domestiques et aux soins donnés aux enfants est primordiale pour assurer une juste répartition du travail familial. La gestion à deux (quand c’est possible) soulage le stress et les tensions engendrées par l’organisation familiale et domestique.
  • Un travail sur ses croyances, son perfectionnisme, ses peurs, ses valeurs, sur le sentiment de culpabilité ou d’incompétence, peut être salvateur. Après, seulement, il sera possible de tendre vers le sentiment parfois tangible de mère comblée.
  • Enfin être à l’écoute de ses besoins et les verbaliser. Quand on est mère de famille on a tendance à faire passer les enfants et le conjoint avant soi.  On a tendance à s’oublier parce qu’on est trop occupée à prendre soin des autres. Alors il faut impérativement apprendre à identifier ses besoins de calme, de lien social, de soutien et oser les verbaliser ! Bienveillance bien ordonnée commence par soi-même !
  • Et puis, patience, le temps qui passe fait bien les choses ! La petite enfance, l’enfance et l’adolescence sont énergivores pour une mère mais l’enfant une fois devenu adulte (ah ! oui petit rappel: quand on devient mère c’est pour le reste de notre vie) permet de vivre une relation à soi plus sereine. On gagne tout d’abord en liberté et en temps. Fini le temps des cours, des rendez-vous pris pour eux, des repas pensés et préparés en fonction d’eux. On n’a plus qu’à s’occuper de soi et ça, c’est une sensation oubliée qui est assez dynamisante. Par ailleurs, une nouvelle relation va se tisser avec les enfants devenus de jeunes adultes qui peut être très enrichissante.

Le regret… C’est ce choix que nous avons fait et dont nous estimons, trop tard, qu’il ne nous apporte pas toutes satisfactions et nous inflige bien souvent une souffrance psychique. Les mots jamais prononcés à ce sujet peuvent peser lourd dans la valise de notre existence. Alors, non !  Oser dire que l’on n’est pas toujours épanouie dans son rôle de mère ne rend pas indigne pour autant, mais il est vu comme contre-nature : Ah ! Le bonheur d’avoir donné la vie. En parler est un geste important car il permet aux femmes d’exprimer leur ambivalence face à la maternité, et cet un aveu peut déjà être libérateur.

Avoir des enfants c’est souvent du bonheur, mais ce n’est pas que du bonheur…

Catégories : Et moi dans tout ça

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.