Le mensonge cache généralement une petite faille chez l’enfant. Alors plutôt que de dire à l’enfant “Arrête de mentir”, allons plutôt explorer ce qui ne va pas et ce que ça cache…

Pourquoi mon enfant a-t-il besoin de se mettre en avant comme ça ? Pourquoi ment-il avec autant d’aplomb ? Pourquoi nie-t-il alors qu’il a été pris la main dans le sac ?

L’enfant ment pour différentes raisons :

  • par peur de décevoir
  • pour se valoriser
  • parce que son imagination est débordante.
  • parce que la vérité est plus dure à dire.

Le point commun à ces raisons :

  • le manque de confiance
  • le besoin qu’on fasse plus attention à lui
  • la peur de la punition ou de la sanction

Le ressort inné d’un enfant c’est d’attirer l’attention de ses parents, alors voir la fierté dans leur regard lorsqu’il raconte qu’il a été le seul à avoir un bon point (heu…ça existe encore ça ?) ça lui fait du bien. Raconter que ça n’est pas lui qui a fini le paquet de gâteaux au chocolat mais son frère, alors que des miettes et des traces chocolatées persistent autour des sa bouche, ça lui permet d’auto-déculpabiliser. Mais pour les parents c’est très agaçant et il est vite perçu par chacun comme un affabulateur, un enfant en qui on ne peut pas avoir confiance.

Comment l’aider à booster sa confiance ?

  • Ne pas le comparer au reste de la fratrie ou aux copains, chacun est unique et a ses propres trésors, ses propres forces.
  • Utilisez les encouragements pour chaque petits pas dans la direction vers laquelle vous voulez qu’il aille : merci d’avoir mis ton linge sale dans la panier ça m’aide beaucoup/ tu as eu 12/20 tu peux être fier de tes progrès/ tu t’es habillé tout seul alors que d’habitude tu m’appelles, tu te débrouilles de mieux en mieux.
  • Donnez-lui des responsabilités. Les enfants adorent se sentir inclus dans la dynamique familiale : plier les chaussettes, faire la poussière, couper des légumes, arroser les plantes…opération gagnant/gagnant : gain de confiance pour lui, gain de temps pour vous. Ces missions lui donnent également l’opportunité de faire de nouvelles expériences et renforcent ses compétences.
  • Lui faire confiance : ne faites pas à sa place et évitez les jugements limitants : tu ne pas y arriver…

Il comprendra ainsi qu’il n’a pas besoin d’inventer des histoires incroyables pour qu’on s’intéresse à lui car vous serez le témoin et l’évocateur de ses bonnes actions !

Un mensonge ou le plaisir d’imaginer

Et si le mensonge était aussi une création artistique ! Un petit qui affabule ne ment pas, il invente juste une histoire ! A cet âge on vit souvent dans un monde de dragons et de princesses, le Père Noël et la Petite souris sont pour eux bien « réels » ! Les petits vivent dans un monde imaginaire, que les adultes entretiennent, alors comment les blâmer d’en rajouter, de broder, d’inventer ? En tout état de cause, cette faculté à inventer est essentielle pour leur développement psychique et une étape indispensable pour les aider à se construire. Comment réagir ? Imaginez avec lui, dites-lui que vous savez qu’il invente mais que ce sont des belles histoires et qu’on pourrait même en écrire un livre !

Les mensonges qui révèlent un mal être

Parfois la réalité peut être gênante ou faire honte à l’enfant et il peut avoir tendance à se réfugier dans le mensonge pour se protéger. Ces aménagements de la vérité expriment un mal-être, une difficulté face à laquelle l’enfant cherche un soutien par le mensonge. Comment réagir ? C’est sûrement le « cas » le plus grave de mensonge. Celui qui révèle une vraie difficulté. Veillez systématiquement à évaluer la gravité du mensonge, ses éventuelles conséquences sur l’équilibre de l’enfant. Dans tous les cas, n’hésitez pas à ouvrir le dialogue avec votre enfant même sur des sujets tabous comme le chômage, la séparation, la mort et faites-vous aider par un professionnel si vous en ressentez la nécessité.

La peur de la sanction pousse au mensonge !

Punitions, sanctions sont souvent contre-productives et engendrent de la rancœur*, des envies de revanche*, de la rébellion* ou du retrait avec une baisse de l’estime de soi*. L’enfant va donc mentir parce qu’il n’est pas en confiance avec le parent, il sait que s’il avoue, il va se faire punir ou être privé d’une activité ou d’un jouet qu’il affectionne particulièrement.

Voici quelques conseils pour encourager l’honnêteté :  

  • Essayez d’inverser la tendance et de comprendre pourquoi il a mal agi et trouver ensemble des solutions pour que cela ne se reproduise pas. Libéré de cette crainte de la punition, l’enfant sera moins tenté de mentir.
  • Utilisez plutôt l’empathie : “Tu n’oses pas me dire la vérité car tu as peur que je te gronde et que je te punisse?”. La méthode de la punition systématique n’aide pas nos enfants à grandir : c’est la peur de la sanction qui les empêchera de faire une bêtise, et non la compréhension de “pourquoi c’est une bêtise”.
  • Plutôt que de le traiter de menteur mieux vaut lui proposer une recherche de solutions : Cela m’embête beaucoup que tu n’oses pas me dire les choses de peur que je te gronde ou que je te punisse. Comment on pourrait faire, la prochaine fois, pour que tu te sentes libre de m’avouer les choses ? L’astuce que vous pouvez lui suggérer, s’il a du mal à trouver par lui-même, c’est de trouver un signe qu’il pourrait faire pour signifier qu’il n’ose pas vous dire quelque chose de peur que d’être gronder. Et de votre côté, vous vous engagez à ne me pas vous mettre en colère et ne pas punir.

Mais alors comment ne pas punir ?

La punition n’apprend qu’une chose : à éviter la punition” B.F. Skinner psychologue

La punition est plus souvent un aveu d’exaspération. On va s’attaquer à la conséquence, sans chercher à corriger la cause. Si elle permet de mettre fin dans l’immédiat au comportement de l’enfant, sur le long terme, les conséquences sont assez négatives (voir plus haut *).

Pour éviter la punition, il faut déjà que votre enfant ait entendu la règle. Pour cela, il faut que celle-ci soit intelligible. Vous pouvez la formuler selon les  7 C : Claire, Courte, Concrète, Centrée sur le positif, Constante, Cohérente et Commune à tous.

La règle doit engendrer une conséquence en cas de non-respect et les conséquences peuvent souvent être associées à une réparation. Soit une réparation logique : L’enfant a déchiré un livre/il le répare. Il a renversé un verre/il essuie. Il est rentré 15 minutes plus tard/il rentrera 15 minutes plus tôt demain etc… 

Soit une réparation créatrice : Certains comportements nécessitent que ce soit les parents, qui réparent. Si votre enfant a déchiré son blouson, c’est vous qui allez le recoudre. Dans ce cas, je vous invite à évaluer le temps nécessaire à la réparation puis demandez à votre enfant qu’il vous restitue ce temps sous la forme de service. “Je dois recoudre ton blouson, ça va me prendre 10 minutes, je te demande 10 minutes de ton temps pour m’aider, que souhaites tu faire pour ça ?”

Cette réparation doit toujours être :

  • Reliée au comportement (en lien avec le comportement indésirable)
  • Respectueuse (non culpabilisante)
  • Raisonnable (proportionnelle à l’erreur)
  • Aidante (permettre à l’enfant de tirer une leçon)

Il existe donc divers raisons au mensonge et vous avez maintenant quelques outils pour inverser cette tendance. Toutefois, une étude menée par l’Institute of Child Study de l’Université de Toronto a montré que le mensonge chez l’enfant indique que ce dernier a atteint un certain niveau d’habileté cognitive. Et surtout, cela ne prédit aucunement un comportement de menteur dans l’avenir. Donc, mentir est un signe de bon développement !  En déformant la vérité, votre enfant s’aperçoit qu’il a une pensée personnelle, indépendante de la vôtre. Cependant, il est, bien sûr, primordial de parler avec lui chaque fois que l’occasion se présente de l’importance de l’honnêteté et des aspects négatifs du mensonge (perte de confiance et de crédibilité chez les autres, chagrin causé, etc.).


Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.