Faut-il passer sous silence certaines vérités afin de protéger les enfants ? Ou bien faut-il tout leur dire, quitte à ce que nos émotions envahissent leur bien-être ?
S’il est important d’être complice avec ses enfants, est ce que cela signifie de tout leur dire ? Ne doit-on pas plutôt les préserver ? Comme toujours dans l’éducation positive, la réponse se trouve dans la bienveillance et la compréhension.

Évoquez ce qui le concerne personnellement

Si on sait aujourd’hui à quel point les secrets de famille peuvent être toxiques, on sait également qu’un surplus d’informations données précocement l’est tout autant. Mais alors, comment choisir les bonnes informations à partager avec nos enfants ? Je pars du principe que les enfants ont le droit de savoir ce qui les concerne directement. Par exemple un décès dans la famille, la maladie d’un proche, un divorce. Ils ont également droit de connaitre tout ce qui touche à leurs origines comme leur éventuelle adoption. Bien entendu, on ne s’adresse pas à un enfant de 3 ou 4 ans comme à un adolescent de 15 ans ! Il convient de se mettre à sa portée, de trouver des mots simples qu’il peut comprendre et de limiter les détails superflus qui risquent de le perturber. Il n’est certes pas facile d’aborder les difficultés que l’on traverse avec un enfant, mais c’est indispensable car il a des yeux, des oreilles et il voit bien que l’ambiance familiale est perturbée. Les enfants sont de vraies éponges émotionnelles. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il est courant, de somatiser les émotions d’une autre personne car notre empathie est puissante, et celle des enfants en particulier. Quand un problème est passé sous silence, mais qu’il provoque chez les adultes des émotions puissantes, l’enfant le ressent, vous pouvez en être certain ! Agitation, maux de ventre, angoisse, baisse des résultats scolaires… et si c’était de la somatisation ?

Alors comment fait-on ?

L’important, c’est de toujours accompagner les mauvaises nouvelles de messages d’espoir positifs : « Papa n’a plus de travail, mais ne t’inquiète pas, on aura toujours le nécessaire pour vivre, manger. Et puis papa cherche un nouvel emploi et il va trouver. » Préparez bien ce que vous allez dire, attendez de vous sentir suffisamment forts pour en parler calmement, sans inquiétude, ce qui pourrait perturber l’enfant dans son besoin de sécurité. Si un proche est souffrant, donnez l’information avec franchise et optimisme : « On est inquiets parce que ta grand-mère est malade, mais les médecins font tout ce qu’ils peuvent pour la soigner. On espère tous qu’elle va guérir. »

Décès et divorce : 2 vérités difficiles à dire

Parler n’a pas pour vocation à éliminer la souffrance que votre enfant pourra ressentir, mais à éviter les non-dits redoutables et ravageurs.

En cas de décès, il est inutile, et même néfaste, de cacher la vérité à un enfant. Expliquez-lui la situation en utilisant des mots et des exemples à sa portée. Qu’il s’agisse du chat, d’un grand-parent, d’un ami, dites-lui ce qui est arrivé. La mort fait partie de la vie, et votre enfant pourra apprendre à l’accepter si vous osez communiquer sans tabou à ce sujet. Utilisez des mots simples, clairs et appropriés à son âge : « Ton grand-père est mort. On est tous très tristes, on ne l’oubliera pas car on le gardera dans notre cœur. » Est-ce que les métaphores sont utiles ? Elles nous semblent moins dures pour de petites oreilles. Mais qui protège-t-on derrière ces images ? L’enfant ou nous-même ? : « Ton grand-père vient de disparaître, il est monté au ciel, il est parti pour un long voyage, il nous a quittés… ». Comme l’enfant prend tout au pied de la lettre, il peut se persuader que la personne morte va revenir, se réveiller, réapparaître ou que papa, maman peuvent le quitter aussi… Prenez soin de lui parler en tête-à-tête, observez ses réactions, soyez à son écoute. Si vous constatez un changement de comportement, incitez-le à vous dire ce qu’il ressent, rassurez-le et consolez-le.
Une fois l’information donnée, n’entrez pas dans des détails trop précis. Votre rôle de parent est, comme en toutes choses, de fixer des limites : « Je t’ai dit ce que tu dois savoir pour le moment. Plus tard, quand tu seras grand, on pourra bien sûr en reparler si tu le souhaites. » Je trouve pédagogique de lui dire qu’il y a des choses qu’il ne peut pas encore comprendre parce qu’il est trop petit ça permet de marquer une limite entre les générations et lui donner envie de grandir…

Lorsque le couple est en crise depuis longtemps, il ne faut pas le passer sous silence la tension et le malaise se lisent sur les visages et passent par les pores de la peau…. Ne l’oubliez pas, votre enfant ressent tout. Il faut impérativement le rassurer en lui expliquant la situation avec calme et douceur. Dites par exemple : « En ce moment avec papa, nous nous disputons beaucoup. Mais ne t’inquiète pas, ça n’a rien à voir avec toi. Ça arrive parfois dans un couple. Nous t’aimons et nous ferons toujours tout pour ton bien-être ». ou encore : « C’est vrai, nous avons un problème papa et moi, un problème de grandes personnes. Cela n’a rien à voir avec toi et nous cherchons des solutions pour le résoudre. ». Je crois que quel que soit l’âge de l’enfant on ne peut se laisser aller à des confidences qui seraient trop lourdes et pénibles pour lui car il serait pris dans un vrai conflit de loyauté. Chaque parent doit garder à l’esprit qu’un enfant ne peut être un confident, qu’on ne peut lui parler pour soulager sa conscience, se décharger de sa tristesse ou de sa colère, dénigrer l’autre parent, rechercher son approbation, le convaincre qu’on a raison et l’autre tort, lui demander son appui…

Quand le divorce devient inéluctable, que la décision est prise et définitive, il est inutile de le cacher. Dès que la décision de divorcer est prise, parlez-en à l’enfant en adoptant un langage adapté, et positif. « Papa et maman se disputent trop et ils sont tristes à cause de ça. Ils vont devoir vivre dans deux maisons séparément. Ils t’aiment toujours autant, mais ils ne veulent plus se disputer. En vivant chacun dans une maison, ils pourront être beaucoup plus joyeux et mieux s’occuper de toi ! » Ce qui concerne l’enfant, c’est de savoir où il va vivre et qu’il va continuer à voir ses deux parents.

La franchise est donc primordiale et l’arrivée d’une autre personne dans la vie du parent, qui ne manquera pas d’impacter la vie de l’enfant, doit être annoncée simplement, clairement sans ambiguïté, sans lui demander son avis. Le mettre devant un état de fait mais en le rassurant : « Rien ne changera, tu verras toujours ton papa/ta maman. Oui, je comprends, tu es inquiet et/ou en colère, en même temps c’est mon choix et nous ferons tout, ensemble pour que ça se passe bien. »

Parlez avec tact des gens qu’il aime

Maîtresses ou enseignants, grands-parents, beaux-parents ou même ses copains sont souvent au cœur des discussions. Faisons attention à ne pas leur faire prendre parti ou à dénigrer les gens qu’il aime. Si vraiment vous désapprouvez l’attitude de l’un d’eux, vous pouvez dire : « C’est moi qui pense comme ça, c’est ma vision, mais ce n’est pas la seule vision, et toi tu peux le voir autrement. » On peut dire : « Avec moi, c’est compliqué, mais tu l’aimes et il t’aime, et je vois bien qu’il est gentil avec toi et ça c’est important ! » Essayez d’être exemplaire en dédramatisant la situation, en aidant votre enfant à trouver des ressources par lui-même, en lui montrant qu’il y a des solutions, des moyens d’action, des recours, sans lui imposer votre vision des choses.

Alors, on peut tout dire à un enfant ? Non bien sûr, le domaine de l’intime reste privé, les détails des problèmes qui peuvent être anxiogènes, ne sont pas utiles, du moins dans l’immédiat et il ne faut jamais oublier qu’il n’est qu’un enfant. Mais quand l’émotion nous submerge ou qu’un événement important se produit, les enfants le ressentent. Il faut leur en parler, pour qu’ils puissent appréhender le monde avec le minimum d’angoisse.

La vie est un tout et le mieux que nous puissions faire, en tant que parent, est de les éveiller à cette réalité avec bienveillance et compréhension.

Catégories : Les émotions

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.