L’article qui suit ne se veut pas en mode d’emploi figé dans le marbre, que vous devez suivre à la lettre. Le huis clos familial que vous vivez est propre à chaque famille en fonction de son lieu de vie (maison vs appartement), de la composition de la famille (parent solo, avec bébé, avec ado, en instance de divorce…) de sa situation professionnelle (chômage technique, télétravail, en poste).

Toutefois, il est malheureusement fort à parier que cette promiscuité risque d’engendrer des tensions qui risquent de surgir régulièrement voir…quotidiennement…

Alors voici quelques pistes.

Une organisation à réinventer

L’idée est ici d’éviter les confusions, la perte de repères. Dans cet objectif, je vous conseille d’établir, tous ensemble, un emploi du temps, un tableau des tâches et une Charte familiale approuvée par tous. Voici quelques exemples:

Pour ce qui concerne l’emploi du temps et le tableau des tâches, il faut que les enfants puissent cocher ce qu’ils ont fait pour visualiser leurs réalisations . En faisant collaborer vos enfants à l’élaboration de ces documents vous aurez plus de chance d’obtenir ensuite leur coopération et vos enfants, eux, gagneront en autonomie.

Donc on fixe l’heure du lever, du coucher, le temps de travail de chacun, celui des pauses, celui des activités partagées, des repas. Cet emploi du temps n’est pas soumis aux humeurs des uns ou des autres mais parfois l’effet de surprise peut permettre d’apporter un peu de fantaisie à ce quotidien très routinier et rébarbatif… Alors pourquoi ne pas prendre votre emploi du temps à l’envers, le week-end et terminer la journée par le petit déjeuner ?!

Réactivez votre créativité

Si la coopération n’est pas une évidence pour votre enfant, essayez la carte de l’humour, plutôt que de vous énerver, crier, répéter (ce que votre enfant ne manquerait pas de reproduire, sacrés neurones miroirs !) https://apprendreaeduquer.fr/une-animation-pour-decouvrir-les-neurones-miroirs/

Vous pouvez par exemple utilisez des post-it, si votre enfant sait lire, pour faire passer un message: « Je suis triste, tu me délaisses, signé: ton cartable » « Tu devais t’occuper de moi…tant pis ton bol préféré va sentir mauvais et sera tout cracra signé: le lave vaisselle »… Pour les plus jeunes, donnez vos ordres avec une voix de robot ou en chantant, ils seront surpris et vous les verrez vous imiter et collaborer plus vite.

Satanée continuité pédagogique

Préambule

Avant de se mettre au travail, passez en revue chacun à haute voix ce que vous avez à faire: (enfant) un exercice de maths, une lecture et une carte de géographie à dessiner, (maman) une conférence call, une réclamation client à traiter, (papa) s’occuper du linge, trier les photos de l’ordinateur, faire à manger. On s’interroge ensuite sur son état d’esprit: est-ce qu’on se sent prêt? Est ce qu’il y a quelque chose qui nous déplaît dans ces tâches? Il faut que chacun puisse désencombrer son cerveau en verbalisant ce qu’il ressent. Cela ne sera valable que si l’entourage est prêt à le recevoir sans jugement. On évite les: mais si c’est facile, tu te plains toujours, c’est à faire alors tu te tais et tu te mets au travail… Attention, le recevoir ne signifie pas trouver une solution. Si votre enfant vous dit: « Je ne comprends rien aux maths, de toutes façons« , il ne vous demande pas de faire l’exercice avec lui et encore moins à sa place, il veut vous faire entendre que pour lui les maths c’est difficile et qu’il s’est mis une barrière qui entrave sa compréhension. Il faut aller puiser dans ses trésors: Ce que tu veux dire c’est que tu trouves cet exercice compliqué, c’est ça? En même temps au dernier contrôle tu as eu 12 alors moi je trouve que pour quelqu’un qui ne comprend rien tu es drôlement fort »…

Assistance et vie pratique

Pas de panique, ne vous mettez pas la pression et ne lui mettez pas la pression. Le suivi pédagogique doit être effectué par son enseignant qui est disponible pendant les heures de classe par mail, téléphone ou skype. Sollicitez-le!

Car, non, vous ne pouvez pas vous substituer à l’enseignant ! Ce ne sont pas vos compétences intellectuelles ou pédagogiques que je remets en cause mais la relation même que vous avez avec votre enfant. En tant que figure d’attachement, votre enfant a toujours des comportements plus excessifs avec vous et décharge ses émotions sur vous, donc ça complique d’autant plus les choses. Mais nous aborderons ce sujet un peu plus bas.

Par contre pour accompagner votre enfant dans ses acquisitions, proposez lui des manipulations avec des choses du quotidien. Partager un gâteau permet de réviser les divisions, faire une recette peut être une opportunité pour réviser les conversions millilitres/centilitres ou grammes/kilogrammes, compter des rondelles de carottes, écrire son prénom avec de la pâte à modeler ou avec des empreintes de doigt. C’est une merveilleuse opportunité de transposer les apprentissages académiques à la vraie vie.

Votre enfant acteur de ses apprentissages

Votre enfant, comme tout être humain, a besoin de motivation pour apprendre et cette motivation est conditionnée par le but à atteindre. Donc il faut l’aider à comprendre à QUOI CA SERT. Il peut bien sûr profiter de l’occasion de ce confinement pour interroger son enseignant sur cette question: A quoi ça sert les multiplications? Pourquoi apprendre des poésies? Vous qui connaissez votre enfant mieux que personne vous pouvez aussi l’aider à relier ça à un projet: Apprendre une poésie ça sert à exercer sa mémoire. « Toi qui veut être archéologue, c’est très important d’avoir une bonne mémoire car il y a beaucoup de dates et d’événements historiques à mémoriser, pour être un bon archéologue, donc plus tu entraînes ta mémoire maintenant, meilleure elle sera« 

Accordez à votre enfant le choix de son lieu de travail. En ce temps de confinement, il a peut être besoin d’être rassuré et de travailler près de vous. Vous êtes en télétravail? Fabriquez des petits drapeaux ou utilisez des foulards pour qu’il puisse vous signaler sans bruit qu’il a besoin de votre aide, avec bien sûr l’obligation d’attendre que vous agitiez votre propre drapeau/foulard pour vous poser sa question.

Lâcher prise et émotions

Maintenant que ce décor pratique est planté, passons au cœur de ce qui va permettre à cette expérience inédite pour tous, d’être profitable ou tout simplement…vivable: le lâcher prise et l’acceptation des émotions de chacun.

Le lâcher prise

Il n’est pas nécessaire d’occuper vos enfants H24 et surtout n’ajoutez pas de travail scolaire à votre enfant! Laissez aussi vos enfants vous guider vers ce qui leur semble bon pour eux: travailler 40mn puis faire une pause de 10mn ou 20mn de travail avec une pause de 5mn…Expérimentez…Vous allez peut être ainsi découvrir le « fonctionnement » de votre enfant. Voilà une excellente occasion de l’observer. Tant que vous êtes dans l’observation, notez et faites lui part de ses « bons » comportements. Vous n’êtes plus dans le rush, donc prenez le temps d’exprimer votre satisfaction sur ses bonnes actions! Ce qu’on oublie souvent de faire, en temps « habituel », en signalant uniquement ses comportements inadaptés ou ses travers. En lui donnant de l’attention positive, il aura davantage envie de faire des efforts et de montrer le meilleur de lui-même.

Acceptation des émotions

Des mouvements entravés, la promiscuité, le manque des amis, l’inquiétude pour les grands-parents, un ras le bol du travail scolaire, des relations tendues avec la fratrie…Tout cela contribue à un trop plein émotionnel que chacun doit pouvoir verbaliser. Verbaliser, se sentir écouter et s’autoriser des pauses! Trop de conflits, de tensions ? STOP on arrête tout: on s’isole autant que possible (douche, bain, lecture au calme, musique, massage, méditation…) afin de préserver autant que possible l’harmonie de votre famille.

Une fois qu’on s’est dit ça, il faut se demander comment on va ‘profiter’ de cet élément nouveau pour repenser la famille, les liens familiaux, les liens aux enfants. Le confinement peut donc être utilisé pour prendre du temps, pour savoir quelles sont nos valeurs, et se demander ce qui va changer dans nos vies quand on sortira de cette histoire.

Prenez toutes et tous soin de vous et des vôtres.

Catégories : École

Isabelle Pierce

Isabelle Pierce est coach parental et possède une expérience de 20 ans d’enseignement en maternelle, primaire et secondaire auprès de plus de 1000 élèves de 4 à 18 ans. Tout au long de ce parcours, elle s’est passionnée pour des approches complémentaires à la pédagogie classique, telles que : l’approche Montessori, les neurosciences et la PNL. Elle s’appuie aujourd’hui sur ses apprentissages, sur les conférences et les formations auxquelles elle continue d’assister pour aider les parents. Tous ces enseignements lui donnent des clés pour mieux communiquer avec les parents et pour mieux appréhender le comportement des enfants.